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Marc André Morel, conférencier : la scène comme atelier

Rédaction : Isaac Arnaud

 

Marc André Morel : conférencier par vocation, par discipline

Il y a un moment, dans la vie de Marc André Morel, qui ne figure dans aucun communiqué de presse. Un adolescent de quinze ans, devant la télévision, regarde Yvon Deschamps. Il rit, bien sûr, mais il fait surtout autre chose : il observe la mécanique. Le rythme. Les silences. Cette façon qu'a Deschamps de tenir une salle entière au creux de la main par la seule force d'une histoire.

 


Quelques mois plus tard, il monte lui-même sur scène, comme humoriste amateur. Il a quinze ans. Des décennies plus tard, il dit, sans grandiloquence : « Le métier de conférencier m'a choisi. » L'expression pourrait paraître commode. Dans son cas, elle est documentée : son histoire d'adolescent passionné de développement humain a été publiée dans la collection Bouillon de poulet pour l'âme.

 

Une école qui dure trente ans

Le parcours qui mène de l'humoriste amateur au conférencier professionnel certifié n'a rien de fulgurant. Il s'étire, méthodique, sur trois décennies.

 

En 1995, Marc André Morel rejoint Dale Carnegie, un des programmes de prise de parole en public les plus reconnus dans le monde. Il commence comme conseiller, suit toutes les formations, devient coach, puis assistant-formateur. Il quitte ensuite pour un poste permanent chez Telus, où il livre les contenus de Wilson Learning d'un océan à l'autre — un calendrier qui le forme à parler à tous les publics, dans toutes les villes, par tous les climats.

 

En 2000, il fait le saut à son compte. Mais il continue, en parallèle, à animer des séminaires pour CareerTrack/PryorLearning, alors la plus grande entreprise de séminaires publics au monde. C'est ce mandat qui ouvre son chapitre international : seize États américains parcourus, des amphithéâtres new-yorkais aux salles de Chicago, Boston, Philadelphie, Pittsburgh, Milwaukee. Et entre les grandes villes, des dizaines de petites localités qui lui révèlent, dit-il, « un portrait plus juste de nos voisins du sud ». Il y travaille la matière dont son métier est fait : les attentes locales, l'humour qui passe ou qui ne passe pas, les idiomes, le silence avant la chute.

 

Tout ce qu'on n'apprend pas dans les manuels

Ce qui distingue les conférenciers d'expérience, soutient-il, c'est ce qu'ils acceptent de chercher hors de leur domaine. Marc André Morel a multiplié les détours. Coachs personnels spécialisés. Dizaines d'ateliers au sein des associations canadiennes et américaines de conférenciers (il a même été membre fondateur et président de la section québécoise). Et puis, plus inattendu : improvisation, chant classique, méditation, et plusieurs techniques de respiration.

 

Aucune de ces disciplines n'est anodine. L'improvisation aiguise le réflexe quand un micro lâche ou qu'un participant intervient hors-cadre. Le chant classique éduque la voix à porter sans crier, à durer une heure sans s'érailler. La méditation et la respiration servent ce que le public ne voit jamais : les minutes qui précèdent l'entrée en scène, où un conférencier laisse retomber son trac pour ne garder que son attention.


 

« C'est ça! »

Toute cette préparation converge vers un instant précis dont il se souvient nettement. Une salle déserte, un matin. Les chaises alignées, l'éclairage à peine ajusté. Marc André Morel marche dans l'allée centrale, seul. Sa main droite effleure la scène. Il s'arrête. « C'est ça! ». Deux mots, lâchés comme on confirme une vérité longtemps pressentie. Sa première conférence professionnelle. Il l'avait visualisée des centaines de fois, chaque soir au coucher, pendant des années.

 

D'autres jalons suivront. La rédaction et la publication de La cinquième saison : réaliser sa destinée avec simplicité, autre rêve longuement porté. La désignation Certified Speaking Professional (CSP) accordée par la Fédération internationale des conférenciers professionnels — un titre soumis à des critères stricts de performance, de volume d'affaires et d'évaluations clients. « Une étape qui confirme que je suis à ma place et que je rends service », résume-t-il sobrement.

 

Trois remparts

Demandez-lui ce qui fait la réussite d'un événement, et la réponse tombe sans hésitation. Pas de magie ; trois remparts.

 

Le premier, c'est l'arrimage. Le bon conférencier doit correspondre au bon auditoire : son style, son contenu, son énergie. « Si on me présente comme une "surprise", les participants peuvent être déçus si je ne suis pas un médaillé olympique ou un humoriste connu. » L'attente trop floue ou trop ambitieuse devient un piège.

 

Le deuxième, ce sont les attentes communiquées en amont, parfois plusieurs semaines avant l'événement. La conférence se joue, en partie, avant que le conférencier ne pose le pied sur scène.

 

Le troisième est technique : son, images, éclairage, disposition des tables, salle trop grande ou trop petite, température. Tout ce qui, à première vue, semble accessoire, et qui peut tout faire basculer. Un seul larsen strident au démarrage peut, témoigne-t-il, transformer une salle de l'anticipation positive au ressentiment.

 


Ce que les ratés enseignent

Marc André Morel parle de ses bons coups, mais il parle aussi de ses ratés. Il a vu des maîtres de cérémonie improvisés saccager son texte de présentation et compromettre son entrée. Il a vécu, surtout, l'épisode d'un client qui avait trop contrôlé l'adaptation de la conférence à ses préférences. « Ma performance est tombée à plat. J'ai léché mes plaies pour une période prolongée. »

 

De cet échec est née ce que ses clients apprécient désormais le plus : sa capacité à nommer des exemples réels et à tisser des liens directs avec leur quotidien. « J'ai appris beaucoup de mon erreur passée. »

 

L'autre apprentissage, plus discret, touche à l'ego. Les ovations debout, les rires francs, les salles qui réagissent fortement, tout cela peut griser. « Le travail pour garantir une performance exceptionnelle est réel, et il débute bien avant d'avoir mis les pieds sur scène. L'humilité doit demeurer au centre de mon caractère. »

 

Le passif est mort

Sur l'avenir de l'industrie, son diagnostic est net. Les études récentes, 2024 et 2025, confirment ce qu'il observe sur le terrain : les rencontres d'équipe sont en croissance, les événements de moins de cinquante personnes aussi. Et surtout, le modèle de l'auditoire purement passif est en voie d'extinction. « Les gens veulent partager leurs idées et leurs opinions. » Le rôle du conférencier glisse vers quelque chose de plus dialogué, où l'expertise s'expose, mais aussi se confronte.

 

Cette évolution, plutôt que de l'inquiéter, lui paraît saine. Elle confirme l'intuition qui l'habite depuis l'adolescence : la scène n'est pas un piédestal, c'est un lieu d'échange.

 

Un vrai métier

S'il avait un seul message à laisser, ce serait celui-ci : être conférencier est un vrai métier, qui mérite formation, coaching et longue préparation avant la première vraie scène. L'impatience face à cette phase, dit-il, est le plus grand défaut des débutants.

« Si une profession semble facile, c'est qu'elle a été exécutée par une personne compétente. Il en va de même pour les pilotes de course automobile, les humoristes, les enseignants, les entrepreneurs. »

 

Vingt-six ans après ce premier matin dans une salle vide, Marc André Morel sait précisément de quoi il parle. La main qui effleurait la scène, ce jour-là, était celle d'un homme qui avait déjà beaucoup appris. Et qui apprend encore.


Rédaction : Isaac Arnaud


A PROPOS DE MARC ANDRÉ MOREL

Services offerts : Conférences uniques, inspirantes et divertissantes adaptées pour les groupes

Nombre d’années d’expérience comme conférencier : 26

Site web de l’entreprise : https://marcandremorel.com/ 

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